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Les coopératives sociales italiennes : description et éléments de réflexion sur le contexte québécois

Apparu, à l'origine dans la province de Brescia, zone septentrionale de l'Italie, à la fin des années 60, le phénomène des coopératives sociale a connu une importante croissance dans les années 70 et surtout 80. La crise de l'État Providence, l'émergence de besoins sociaux et la forte tradition d'action coopérative ont milité en ce sens. On évalue qu'en date de l'année 2000, elles dépassent le nombre de 5 000 regroupant environ 120 000 associés soit 11 000 bénévoles et 115 000 travailleurs dont 15 000 travailleurs défavorisés. Ces coopératives desservent quelque 500 000 usagers et génèrent un chiffre d'affaires de 4 000 milliards de lires (269 millions $CDN) chiffre qui connaît une croissance annuelle d'environ 10 %.

En Italie, la constitution reconnaît l'apport des coopératives au bien-être de la population. L'appui de l'État dans le développement de ce réseau n'est pas négligeable. Outre la reconnaissance juridique qui s'est concrétisée par l'adoption d'une loi en 1991, les divers paliers gouvernementaux ont des pratiques d'achat de services ou produits favorables à ces organisations. Ces coopératives se singularisent à plusieurs titres : elles concilient entrepreneurship coopératif et satisfaction de besoins sociaux. Ainsi, en ¦uvrant, selon les termes de la loi, " à l'intérêt général de la communauté pour la promotion humaine et l'intégration sociale " elles adoptent deux grandes configurations : les coopératives de type A se concentrent dans l'offre de services de nature sociale à des clientèles dans le besoin : service d'aide à domicile à des personnes âgées, centre de la petite enfance, etc. Les coopératives de type B se caractérisent plutôt par la composition de sa force de travail. Il s'agit de la cohabitation de travailleurs ordinaires et de travailleurs défavorisés, dont des personnes atteintes d'un handicap physique ou mental mais aussi des toxicomanes, des détenus et autres. Elles pratiquent donc l'insertion professionnelle. Ces travailleurs défavorisés doivent représenter au moins 30 % du personnel. Ces coopératives évoluent dans une multitude de secteurs d'activités de production et de services telles l'agriculture, la menuiserie, l'informatique, la reliure et la typographie, etc.

À un autre niveau, les coopératives sociales marquent une forme de renouveau de la définition d'une coopérative par un sociétariat varié. À l'opposé du modèle qui a longtemps dominé, il ne s'agit pas d'un sociétariat singulier, consommateurs ou travailleurs, mais d'un sociétariat pluriel, faisant référence dans la littérature spécialisée au concept de multi-stakeholders et qui au Québec, porte le nom de coopérative de solidarité. Les membres sont des travailleurs, des bénévoles, des personnes qui participent au financement et à une échelle plus réduite, des usagers ou bénéficiaires des services.

Les coopératives sociales ont adopté une stratégie de développement de type grassroot, soit la multiplication des coopératives plutôt que leur développement en grosse organisation. Ainsi, en moyenne, elles comptent de 40 à 50 membres et réalisent un chiffre d'affaires de 1GL

(675 000 $CDN). Par contre ces coopératives pratiquent l'art de la concertation en se donnant des structures intermédiaires et supérieures. Elles se regroupent en consortiums territoriaux pour la mise en réseau et l'appui au développement des coopératives existantes et de nouvelles initiatives. Ils existent aussi des consortiums nationaux, qui dans ce cas, sont davantage dédiés à des activités de formation, de développement et de représentation. Depuis quelques années, une fédération regroupe les coopératives et les consortia. La réussite de ce réseau est une combinaison de divers facteurs dont cette stratégie de regroupement en consortium et la reconnaissance légale, mais aussi la construction d'une identité spécifique et le lien étroit avec la recherche et le monde universitaire.

Le réseau des coopératives sociales italiennes est riche d'enseignement pour le Québec tant en termes de stratégies de développement, de composition du sociétariat, du rôle de l'État, de dynamique syndicale que d'établissement de nouveaux rapports avec des grands acteurs institutionnels.

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NOTE BIBLIOGRAPHIQUE

Les coopératives sociales italiennes : description et éléments de réflexion sur le contexte québécois, Jean-Pierre Girard, Enzo Pezzini, Isabel Faubert-Mailloux, décembre 2000.


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