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Les coopératives au Québec : deux projets pour une société distincte

Le caractère distinctif de la société québécoise est donné non seulement par la culture mais aussi par l'économie. De ce point de vue, l'économie contrôlée par les québécois francophones repose sur trois piliers qui se sont mis en place ou qui se sont consolidés à partir des années 1960. Ces trois piliers sont les entreprises capitalistes autochtones, les sociétés d'État et les coopératives. Ils constituent les fondement d'un modèle de développement unique en Amérique du Nord mais ouvert sur celle-ci. Après avoir défini ce qu'il entendait par "nouvelles" et "anciennes" et en avoir évalué l'importance économique respective, l'auteur tente de montrer que ces deux grandes catégories de coopératives portent des projets de société relativement différents.

L'émergence et l'essor de la coopération au Québec résulte dans une première phase (1900 1959) d'un compromis social qui répondait aux besoins des classes relativement dominées que sont les agriculteurs, les pécheurs et les familles à faible revenus, mais également aux visées de l'élite clérico-nationaliste dont l'avenir supposait la conservation ou le maintien de ces classes, la base de la nation canadienne-française. Au début des années 1960, un néo-nationalisme et un vent de déconfessionalisation et de modernisation faisant appel à l'État comme levier de développement succèdent au nationalisme traditionnel et à son idéologie de conservation. Par leur adhésion à ce projet, les coopératives se donnent une nouvelle mission. Désormais, il s'agira moins de renforcer les institutions traditionnelles que sont la ferme familiale, la paroisse et la communauté villageoise que de contribuer au renforcement du contrôle québécois de l'économie. Ce changement dans la mission et les alliances est illustré à partir du cas du Mouvement Desjardins.

De leur côté, les nouvelles coopératives portent également un projet très large mais différent du projet de nationalisme économique, il s'agit d'un projet alternatif de société. Si ce projet demeure pluriel, les points communs semblent être ceux des nouveaux mouvements sociaux, soit des objectifs de vivre et de travailler autrement qui remettent en cause dans certains cas la société productiviste, des objectif aussi d'autonomie et d'autogestion qui s'opposent aux interventions bureaucratiques de l'État et de la Grande Entreprise. Le cas des nouvelles coopératives est illustré par celui des cliniques populaires (coopératives médicales) qui ont précédé la mise sur pied des CLSC. Si au cours de la dernière décennie ces deux projets de société, celui du néo nationalisme et celui des nouveaux mouvements sociaux, ont pu être opposés, la conjoncture de l'après Meach semble favoriser leur rencontre dans le cadre d'une société distincte à construire. Les différences ne devraient pas disparaître pour autant: elles pourraient cependant apparaître complémentaires et constituer ainsi les éléments d'un projet coopératif pluriel.

NOTE BIBLIOGRAPHIQUE

Les coopératives au Québec : deux projets pour une société distincte, Benoît Lévesque, avril 1991.


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