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L'expérience des « New Generation Cooperatives »: la transformation, la commercialisation des produits agro-alimentaires et les nouvelles pratiques des entreprises coopératives agricoles aux États-Unis

Le présent document traite particulièrement de la formule des new generation cooperatives, un modèle nouveau de coopératives agricoles nées de la crise agricole, des politiques de désengagement de l'État, de l'appauvrissement des zones rurales et ainsi de la nécessité pour les agriculteurs d'améliorer leurs revenus et le niveau de vie de leurs communautés en misant sur la valeur ajoutée de leurs produits plutôt que sur les produits agricoles bruts eux-mêmes. L'expression new generation cooperatives (NGC) a été traduite ici en français par coopérative de nouvelle génération (CNG) fut attribuée à une cinquantaine de coopératives agricoles qui se sont développées au Dakota du Nord et au Minnesota (États-Unis) depuis les six ou sept dernières années. Elles représentent une des toutes nouvelles formes de coopératives (certainement la plus nouvelle forme de coopérative agricole).

Les new generation cooperatives, qui connaissent un développement fulgurant et un engouement phénoménal aux États-Unis, se distinguent des coopératives agricoles traditionnelles par une structure de capitalisation différente basée sur les «droits de livraison» (delivery rights) qui donnent à chaque membre le droit et l'obligation de livrer une unité d'un produit agricole à la coopérative, qui, elle s'engage à en prendre livraison. Elles pratiquent aussi une politique de limitation du nombre de membres et requièrent très souvent des investissements individuels élevés pour chaque membre. Les new generation cooperatives sont fondées sur les principes de base de la coopérative notamment le contrôle démocratique (un membre, un vote), la distribution des trop-perçus (très souvent en argent cash) en fonction de l'utilisation que le membre fait de sa coopérative et l'élection du conseil d'administration par les membres, à même le membership. De plus, l'intérêt payé sur le capital social (représenté par les «parts de livraison» ou delivery shares qui fluctuent sur le marché) est limité ou nul (sur les parts votantes).

Les succès des coopératives de nouvelle génération sont basés sur les principaux éléments suivants: un leadership local; les buts, objectifs et hypothèses réalistes; une bonne communication, ouverte et honnête entre les membres; les stratégies réalistes d'entrée sur le marché; l'utilisation des consultants d'expérience, notamment pour développer la structure organisationnelle, les études de faisabilité et le plan d'affaires; un plan d'affaires compréhensible; la disponibilité de la technologie requise; l'embauche des gestionnaires compétents; l'apport suffisant des membres (30 à 50% du capital social requis); et l'engagement des membres envers leur coopérative. Le non-respect de ces éléments augmente les risques d'échec d'un projet de développement d'une coopérative de nouvelle génération. Le succès des coopératives de nouvelle génération est aussi lié à la mise en place d'un réseau de support externe qui permet à la coopérative d'aller chercher des fonds à différents niveaux: dans la communauté, au gouvernement, dans les institutions financières, dans les autres coopératives, etc.

Le phénomène des coopératives de nouvelle génération est aussi analysé par rapport à la théorie économique de la coopérative. Cette analyse permet de dégager certaines réflexions. En effet, le modèle des coopératives de nouvelle génération, par leur système de contrat à double sens (qui implique l'émission des parts de livraison monnayables), permettrait de minimiser les comportements opportunistes chez les membres au niveau de la livraison des produits. Mais, le caractère monnayable (prise de valeur ou baisse de valeur) des parts de livraison pourrait tout aussi créer des comportements opportunistes au niveau financier chez les membres, notamment par le jeu de la spéculation. Les contrats favoriseraient aussi un engagement à moyen terme et un haut sentiment d'appartenance des membres des coopératives de nouvelle génération. Par ailleurs, la limitation du nombre de membres dans les coopératives de nouvelle génération leur permet de s'assurer de l'approvisionnement en matières premières et ainsi mieux planifier leurs activités de production et de commercialisation. Pourtant, limiter le nombre de membres comporte aussi le risque de concurrence accrue dans une région où plusieurs agriculteurs décident de ne pas joindre la coopérative. Les coopératives de nouvelle génération combineraient aussi les habiletés spécifiques de la gestion agricole et l'intégration des activités de production, de transformation et de commercialisation qui procure les économies d'échelle.

Au niveau de la structure démocratique, les coopératives de nouvelle génération, comme certaines autres coopératives agricoles, font face à un risque potentiel de réticence des gros producteurs investisseurs qui peuvent trouver le partage de pouvoir injuste. Cependant, l'homogénéité du membership de la plupart des membres des CNG minimise ce risque. Les coopératives de nouvelle génération créent aussi un lien d'usage qui est de plus en plus orienté vers l'aspect financier au détriment de l'aspect produit. Ce qui aurait pour effet de remettre en question la définition même de la coopérative, en ce sens que le lien d'usage du membre avec sa coopérative devrait provenir des activités strictes de la coopérative (approvisionnement, transformation, commercialisation) et non de la valeur des parts sociales ou des parts de livraison. En outre, en ce qui a trait au problème de sous-capitalisation des coopératives, il ressort de l'étude que le niveau de capitalisation des coopératives de nouvelle génération est assez élevé au démarrage (30 à 50% du capital social requis); ce qui minimise, pour ces coopératives, les risques conséquents au phénomène du free rider (investir le moins possible et bénéficier d'avantages significatifs) et à l'endettement externe. De plus, la présente analyse permet de voir que les coopératives de nouvelle génération, comme la plupart des coopératives qui se créent un peu partout dans le monde, dépendent beaucoup du support institutionnel (gouvernement, banques, agents externes, etc.,) pour se créer et se développer avec succès.

Enfin, cette étude permet de conclure que même si elles ne représentent pas la formule miracle pour la survie à long terme des coopératives agricoles, les new generation cooperatives constituent cependant un modèle intéressant fondé sur une meilleure capitalisation des coopératives agricoles souvent au prise, comme d'ailleurs la plupart des organisations coopératives à leur démarrage, avec des problèmes de sous-capitalisation. Qui plus est, les CNG prouvent, dans une certaine mesure, que les communautés rurales, parfois laissées en marge du développement économique d'un pays, d'une province, ou d'une région sont capables de se prendre en main afin d'amélioration de leurs conditions générales de vie.

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NOTE BIBLIOGRAPHIQUE

L'expérience des "New Generation Cooperatives": la transformation, la commercialisation des produits agro-alimentaires et les nouvelles pratiques des entreprises coopératives agricoles aux États-Unis, Franklin-X. Assoumou-Ndong, Jean-Pierre Girard, avril 1998.


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